Wednesday, October 22, 2008

TOWER OF SONG : LEONARD COHEN A FOREST-NATIONAL


Grandiose, classieux, absolument superbe: que ces mots souvent galvaudés semblent faibles pour qualifier la prestation de Leonard Cohen ce 20 novembre 2008. En pleine forme, coiffé d'un sobre galurin et affuté comme une lame de couteau , tel se présente notre Canadien de choc qui ne fait absolument pas ses 74 ans ! Entouré comme il l'est d'une armada de pointures, il dégage une impression de contrôle total et le son est absolument parfait . Tous ses morceaux de bravoure s'enfilent comme des perles de verre, The Partisan, I'm your man, Democracy, Suzanne, Avalanche, tout au plus puis-je regretter l'absence de Sisters of Mercy, mais là je pinaille vraiment. Il n'hésite pas à mettre en avant ses musiciens et ses choristes, les présentant à plusieurs reprises, leur offrant leur moment de gloire, et manifeste à leur égard un respect hors du commun. Si je ne craignais de passer pour un fanatique borné, je dirais que son attitude est totalement bouddhiste, tout comme l'est sa façon de saluer son public, un public tout à fait conquis par sa classe et son professionalisme. Un tout grand moment, trois heures de bonheur qu'il est venu nous dispenser. Coup de chapeau, Monsieur Cohen.

Wednesday, October 01, 2008

DECES DE MARC MOULIN


Marc Moulin est décédé ce vendredi 26 septembre, à l'âge de 66 ans des suites d'un cancer de la gorge. Ainsi s'en va discrètement, sur la pointe des pieds, un homme sensible dont on retiendra l'élégance et l'humilité. Même s’il a touché à l’écriture et au théâtre, on gardera de Marc Moulin le souvenir d’un grand musicien et d’un homme de radio exceptionnel. Rien qu’en cela, il a touché plusieurs générations de personnes séduites par son esprit fin, sa culture et surtout cet humour pince-sans-rire distillé en privé, au Jeu des dictionnaires et à la Semaine infernale , ou dans ses Humoeurs pamphlétaires hebdomadaires de Télémoustique.

Certains l’ont découvert par le biais de ses premiers concerts de jazz dans les années 70, avec Philip Catherine qu’il produisit, ou au sein de Placebo qu’il fonda. D’autres ont appris ce qu’était la bonne musique en l’entendant dans des émissions de la RTBF comme Cap de nuit, King Kong, Radio Crocodile et surtout, le week-end, Radio Cité (de 1978 à 1986). Et puis il y a ceux qui ont craqué pour Telex, ce concept électro-BD typiquement belge. Sans oublier ceux qui ignorent encore que Marc fut impliqué dans les meilleurs albums de Lio et d’Alain Chamfort. Enfin, il y a tous ceux qui, de par le monde, ont craqué pour ses trois albums Blue Note qui mêlaient jazz, soul et électronique. Nous avons tous un peu de Marc dans nos souvenirs de jeunesse.

Issu d’une famille d’intellectuels , Marc n’a cessé au cours de sa longue carrière de marier l’élitiste au populaire, de mettre à la portée de tout un chacun un art dit cérébral (le jazz) à une musique dite populaire (la chanson, la soul ou la musique électronique). Un jeu radiophonique ou télévisé se devait d’être aussi éducatif. Avec Moulin, le divertissement se devait d’être intelligent, jamais bête, parfois mordant, jamais vulgaire.

Marc Moulin, c’était la classe à l’état pur, alliant discrétion, pudeur, bon goût et raffinement. Marc était un homme de l’ombre, préférant la radio à la télévision, se cachant au sein de Telex comme sur ses pochettes de disques. Top secret n’a pas ouvert pour rien sa trilogie Blue Note.

Marc était un grand esprit, un homme de réflexion plus que d’impulsion. Tout, chez lui, était prétexte à concepts. Son essai La surenchère (L’horreur médiatique) (paru chez Labor en 1997) était visionnaire d’une société qui n’avait pas encore inventé la télé-réalité. La politique l’horripilait à tel point qu’il en fit le menu principal de ses Humoeurs dont deux recueils compilatifs ont paru chez Luc Pire. Des chroniques qu’il écrivait de chez lui, dans la maison familiale d’Ixelles. Casanier, il dévorait les médias (Le Monde et Le Soir, sur papier et sur le web), avec la complicité de son épouse Laurence.

C’est par l’intermédiaire du papa de Laurence, Billy Fasbender, directeur du Théâtre National et du Festival de Spa, que Marc s’intéresse sur le tard au théâtre. Et encore, pas n’importe lequel. Celui de la Toison d’or qui est au théâtre classique ce que Telex est au rock et Lio à la chanson. Une fois de plus, le mariage entre le sérieux et l’humour, cette façon de ne pas y toucher tout en abordant l’essentiel. L’humour à la rescousse du désespoir.

Marc Moulin s’en est allé, nous laissant nous dépatouiller avec cette Belgique moribonde, ce siècle aux grandes idées mortes, cette actualité déprimante. Et maintenant, qui nous fera rire et penser ? Restent ses amis proches, Geluck et Kroll. Chargés de perpétuer son œuvre. Lourde tâche.

(article adapté de Thierry Coljon)